Quand j’étais jeune, quasiment à chaque année, j’avais le plaisir d’assister à au moins un match des Expos, à Montréal. Mon père s’assurait d’acheter des billets pour un programme double (oui, il y en avait régulièrement à l’époque) afin de maximiser le déplacement de Charlevoix vers la Métropole, lors des beaux jours d’été.
Pour moi, il s’agissait là d’une occasion unique de voir mes idoles du temps de plus près. Les Dawson, Rogers, Parrish et Cromartie prenaient forme devant mes yeux. Malgré les années qui ont passé, je demeure encore un inconditionnel de cette concession perdue qui évoque toujours en moi ma passion pour ce sport emblématique.
Aujourd’hui, je séjourne à Montréal régulièrement en raison de mon travail et il aurait été plaisant de joindre l’utile à l’agréable en jouissant de la présence d’une équipe du baseball majeur à quelques pas de mon hôtel. Malheureusement, le rêve de revoir les Expos revenir en ville s’amenuise d’année en année, car financièrement parlant, nous ne faisons plus le poids. La faiblesse du dollars canadien et le contexte économique font de nous le tiers monde du sport professionnel et nous éloignent du retour d’une concession des Majeures chez nous.
Il est vrai de dire que c’est l’argent qui est venu à bout du baseball à Montréal comme le mentionne Alexandre Pratt (La Presse) dans le documentaire Qui a tué les Expos de Montréal, actuellement disponible sur Netflix. Je jette un regard de profonde frustration suite à mon écoute de ce documentaire qui nous en dit plus sur les circonstances entourant le départ des Expos vers Washington en 2004. Non pas que le production est mauvaise, au contraire, mais de revoir les événements destructeurs nous être présentés en rafale me laisse un goût très amer en bouche.
Au-delà de l’argent, ce sont Bud Selig et les 29 autres propriétaires du baseball majeur qui ont été les véritables fossoyeurs de Nos Amours. Les conservateurs dirigeants américains avaient décidé du sort des Expos au moment même où Charles Bronfman a décidé de mettre son club en vente en raison de déficits successifs et grandissants. Selig et sa bande n’ont fait, quelques années plus tard, que concrétiser (au moyen de scénarios savamment préparés) le transfert de l’équipe vers d’autres cieux. Le maire de Washington l’a dit au moment de l’annonce du déménagement de l’équipe : ce sport est américain et cette équipe nous revient. On ne peut être plus clair.
Pour les 28 autres propriétaires (j’exclus ceux des Blue Jays) il était inconcevable que deux équipes du baseball majeur œuvrent au nord de la frontière américaine. Toronto demeure la seule ville canadienne à posséder une équipe de baseball majeur et de les voir en Série mondiale en ce moment me fait sourire et me rend triste à la fois. Je suis heureux pour les partisans des Jays (dont plusieurs jeunes Québécois), mais je me dit que nous aurions mérité de vivre ce moment comme en 1994, alors que les Expos voguaient allégrement vers le titre avant de voir un conflit de travail nous tirer le tapis sous les pieds. Il était inconcevable pour les riches américains de voir le titre être remporté trois années consécutives par une équipe canadienne.
Au final, les partisans des Expos ont été les grands perdants de tous ces jeux de coulisses orchestrés et mettant en scène le malaimé Claude Brochu et les méprisants Jeffrey Loria et David Samson. Les actionnaires minoritaires du club et partenaires de Brochu à l’époque ont aussi eu leur mot à dire dans l’histoire en n’étant pas capables de mettre leurs gros égos de côté au moment où ils auraient eu besoin de le faire. Personne au sein de ce groupe ne possédait les réels moyens financiers afin de permettre au rêve de se poursuivre et c’est alors qu’ils sont tombés dans le piège de se tourner vers le duo toxique Loria-Samson.
Selig et ses sbires ont fait le reste du boulot en acquérant la concession et en permettant à Loria de se payer les Marlins de la Floride. Dès lors, le processus de déménagement s’est mis en branle. Souvenez-vous de la garde partagée avec Porto Rico, quelle joke!
Qu’il aurait été sympathique d’aller voir du baseball à Montréal dans le cadre de mes déplacements d’affaire, mais la vie et l’argent en auront décidé autrement.
Go Jays Go!



