Le baseball peut être beau et cruel à la fois. Quand une affiche entre deux équipes qu’on aime pointe le bout de son nez, on s’imagine qu’on va passer une bonne soirée. On se dit que pendant au moins deux heures, on va «tripper ben raide» devant sa télévision, avec des amis fans de balle qu’on invite pour l’occasion. On va chez «l’dép» chercher des sacs de chips et un six-pack de mousse, on préchauffe le barbecue, on assaisonne la viande… Tout est en place pour une belle soirée!
Pis la game commence. Braves contre Blue Jays, ça sonne plutôt bien. Moi, ça me rappelle les six duels entre ces équipes lors de la Série Mondiale de 1992, remportée par les Jays quatre matchs à deux. Je revois encore Mike Timlin forçant Otis Nixon à frapper un faible roulant qui a mis un terme à la Série, envoyant les Blue Jays au nirvana pour la première fois de leur histoire.
Un duel d’une seule manche
Retour en 2018. La game d’hier oui. Vous savez, celle qui n’a duré qu’une seule manche. Car oui il n’y a pas eu de match en fait. On aurait pu croire que les Blue Jays, qui venaient de balayer les Nationals, en avaient encore dans le boxer, mais la bande à John Gibbons s’est fait déplumer par Hotlanta. Et ça n’a pas pris longtemps!
À peine avions-nous avalé quelques gorgées de ce «somptueux breuvage» que le score était déjà de 4 à 0 pour les Braves et le match quasiment plié. Ce n’était que la seconde manche, Jaime Garcia avait déjà un genou à terre. C’est Johan Camargo qui a été le bourreau des Jays avec ce grand chelem tout en puissance.
Quel beau bruit!
Johan Camargo frappait là son premier grand chelem en carrière et devenait le premier joueur des Braves à frapper un salami à Toronto depuis Lonnie Smith lors du match no.5 de la Série mondiale de… 1992 (tiens donc!). Camargo termine avec quatre coups sûrs en cinq présences, deux points inscrits et cinq produits.
Une brochette au goût amer
Jaime Garcia (2-6) a connu une nouvelle triste sortie de trois manches en accordant cinq points. La suite, une brochette de quatre releveurs est venue tenter de redonner un peu de couleur à la pâle rencontre, mais sans succès. Danny Barnes a suivi Garcia en concédant trois points. Les autres, faut-il vraiment en parler? J’ai préféré la brochette qui a fini dans mon estomac.
La rencontre s’est terminée sur un score de 11 à 4.
De leur côté, les Braves ont pris leur chancelant adversaire du soir très au sérieux en pratiquant du beau baseball agressif, appliqué et soigné. Les quatre derniers frappeurs de l’alignement ont été décisifs avec 11 coups sûrs en 18 présences et 10 points inscrits sur les 11 totaux de la rencontre. Du grand art. Les Braves ont la meilleure fiche dans la Ligue nationale (43-29).
En face, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les Jays gagneront encore quelques matchs par-ci par-là, mais ils nous gâcheront aussi surement encore quelques soirées. On s’excitera bientôt avec le retour éphémère de Marcus Stroman, on pleurera quand J.A. Happ et Josh Donaldson partiront cet été, on maudira encore John Gibbons. Si je n’avais pas été fan des Braves hier, j’aurais vraiment été en colère envers les Jays. Une colère légitime pour une équipe au bord du gouffre.
On les aime quand même et on ne quittera pas le navire de si tôt. C’est ça être fan de baseball, être là aussi dans les mauvais jours.
