Si j'avais un bulletin de vote…

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Maxime Lauzier

Publié le 27 décembre 2017 à 12h30

Les membres votants du BBWAA (Baseball Writers’ Association of America) ont jusqu’au 31 décembre pour soumettre leur liste de joueurs méritants du Temple de la renommée. Certains d’entre eux ont déjà annoncé publiquement leurs choix. D’autres, ne voulant pas dévoiler leurs couleurs sur le dossier des stéroïdes, entre autres, préfèrent garder secret leur bulletin de vote.

Ce n’est certainement pas une mince tâche. Chipper Jones, Jim Thome et Vladimir Guerrero semblent être, selon les spéculations, les trois seules valeurs sûres de cette cuvée. Alors que pour les autres, les opinions morales, éthiques et politiques prennent le dessus. On demande aux sélectionneurs formés de journalistes et d’éditorialistes associés de très près au monde du baseball d’être le plus juste possible. Pour l’intégrité et la perpétuité du processus, l’objectivité est ainsi de mise… mais même eux ont leurs préférés!

Pour la cuvée 2018, 33 anciens joueurs se retrouvent sur cette liste. Chaque membre votant peut cocher jusqu’à dix noms. Après compilation, tous les noms ayant recueilli plus de 75% des votes sont automatiquement admis au Temple de la renommée. Le joueur peut être éligible sur le bulletin de vote pendant 10 ans s’il réussit à atteindre au moins 5% des votes chaque année. Des 33 noms inscrits, 14 sont de retour sur la liste.

Photo : Twitter @Ryan Thibodaux (Le bulletin de vote de Bill Livingston)

Après avoir analysé le dossier en profondeur lors du dernier mois, je me prête au jeu. Mes critères de prédilection sont le WAR (Win Above Replacement sur l’ensemble de la carrière du joueur), le WAR7 (basé sur les sept meilleures années consécutives de la carrière du joueur) et les différents plateaux atteints selon la position. Je suis bien loin d’être un membre votant du BBWAA, mais si j’en faisais partie, mon bulletin de vote ressemblerait à ceci:

Chipper Jones

Jones deviendra le quatrième joueur de l’équipe de rêve des Braves d’Atlanta des années 1990-2000, à faire son entrée au Temple. À sa première année d’éligibilité, il ira rejoindre ses coéquipiers, Greg Maddux, Tom Glavine et John Smoltz. Reconnu comme un des meilleurs frappeurs ambidextres de l’histoire, son WAR de 85.0 le situe au 32e rang de l’histoire parmi les joueurs de position. Ses statistiques individuelles sont impressionnantes et les succès d’équipe sont là. Chipper est un no-brainer.

Source: KMIZ

Jim Thome

Partout où il a joué, Thome a laissé sa marque. Véritable frappeur de puissance, dans une ère où la puissance est constamment controversée et remise en question, Thome a réussi 612 coups de circuit sans le moindre soupçon de dopage. Ses indéniables exploits sur le terrain et sa contribution en dehors font de lui un individu remarquable qui sera honoré dès sa première année.

Vladimir Guerrero

Vlad est passé bien près l’année dernière avec 71,7% des votes. Seulement une fois dans l’histoire un joueur ayant atteint les 70% n’a pas été admis l’année suivante. Guerrero frappait pour la puissance (449 circuits) et pour la moyenne (.318 en carrière). Constamment dans la course du MVP, il était redouté des lanceurs comme le démontre son pourcentage OBPS (On-Base Plus Slugging) de .931. C’est dans la poche pour Guerrero, reste à voir avec quelle casquette il sera intronisé.

Photo: Fox43

Trevor Hoffman

Hoffman est passé à cinq votes de faire son entrée l’année dernière (74.0% des votes). Comme dans le cas de Guerrero, les probabilités jouent certainement en sa faveur pour cette année. Il a connu une longue et impressionnante carrière en relève parsemée d’honneurs individuels. Selon l’avis de plusieurs joueurs, Hoffman était le lanceur le plus craint en fin de neuvième manche. Ses 601 sauvetages le placent au deuxième rang de l’histoire derrière Mariano Rivera. Ce même Rivera sera la tête d’affiche de la cuvée 2019. Cette année, c’est celle d’Hoffman.

Curt Schilling

Schilling fait partie des lanceurs les plus dominants de son époque. En carrière, il a réussi 3116 retraits au bâton et maintenu un WHIP (Walks and Hits Per Innings Pitched) de 1.137. Son WAR de 80.7 le place au 26e rang parmi tous les lanceurs de l’histoire. Ses prouesses en séries éliminatoires où il présente une fiche de 11-2 et une MPM de 2.33 sont légendaires. Par contre, il s’est mis plusieurs journalistes à dos, conséquence de quelques déclarations dégradantes à leur égard. La carrière du joueur se doit d’être honorée. Les membres du BBWAA mettront-ils leur subjectivité de côté?

Mike Mussina

Avec 51.8% des votes l’an dernier, Mussina entame sa cinquième année sur le bulletin de vote. Tout comme Schilling, il a joué dans l’ombre des Randy Johnson, Greg Maddux, Roger Clemens et Pedro Martinez. Mussina présente certainement des statistiques moins éloquentes que ces derniers, mais la constance qu’il a démontrée tout au long de sa carrière se doit d’être reconnue. Son WAR de 82.7 se situe au 24e rang de tous les temps parmi les lanceurs. Il a assurément sa place à Cooperstown. Il a mon vote dès cette année.

Photo: Sports on Earth

Edgar Martinez

La sélection d’Edgar Martinez n’est pas naturelle pour moi. Les joueurs unidimensionnels ne m’impressionnent pas habituellement. Le cas d’Edgar Martinez est différent. Encore aujourd’hui, près de 15 ans après sa retraite, il définit toujours le parfait frappeur désigné. Les membres du BBWAA ont souvent boudé les frappeurs de double. Moins spectaculaire. Moins mémorable. Par contre, Martinez présente des chiffres qui font de lui un des meilleurs frappeurs de sa génération. Son OPBS de .933 le place au 33e rang de l’histoire et son WAR de 68.3 lui confère le 77e rang parmi les joueurs de position.

Barry Bonds

Il n’est pas nécessaire d’étaler les nombreux records établis et marques accomplies par Barry Bonds pour prouver son apport au monde du baseball. Peut-on s’arrêter seulement à ses chiffres? Je crois fermement que oui. Son nom est fortement attaché à cette période de l’histoire où les amphétamines faisaient frapper des circuits. Mais Bonds, bien avant les nombreux scandales, était dominant. Ses dix premières saisons seulement lui auraient valu une place certaine à Cooperstown. Les buts volés, la défensive et, surtout, l’oeil au bâton font partie intégrante de son sac d’aptitudes supérieures. Je rêve du jour où son nom sera dans les débats pour le meilleur joueur de balle de l’histoire.

Photo: NBC Sports

Roger Clemens

À l’instar de Bonds, Clemens est lui aussi boudé depuis cinq ans par le BBWAA. Bien avant les scandales de dopage, il s’est imposé comme le meilleur lanceur du baseball. Inutile d’énumérer les statistiques. Partout où il a joué, il a été dominant. Il a gagné le trophée Cy Young avec les quatre équipes différentes pour qui il a joué. Pratiquement intouchable au cours de sa longue carrière de 24 ans, son WAR de 139.4 le place au 3e rang de tous les temps parmi les lanceurs derrière les vénérables Cy Young et Walter Johnson. La question n’est pas s’il a sa place à Cooperstown, mais, comme Bonds, s’il a sa place au sommet du sport.

Manny Ramirez

Manny Ramirez constitue mon dixième et dernier choix. Avec ses 2574 coups sûrs, 555 circuits, 1831 points produits et sa moyenne en carrière de .312, il représente un choix de luxe pour le Temple. Par contre, à deux reprises tard dans sa carrière, il s’est fait suspendre pour avoir échoué un test de dopage. Encore une fois, je me base sur ses performances avant les scandales. Déjà, il s’était imposé comme une menace à la plaque. Un des joueurs les plus clutchs de l’histoire. Ces nombreux records en séries d’après-saison ne mentent pas. Un long shot je sais, mais il aurait assurément sa place sur mon bulletin de vote.

Les coupures

L’étape crève-coeur a certainement été de rayer les noms d’Omar Visquel, Larry Walker et Jeff Kent. Dans le cas de Visquel, il en est à sa première année d’éligibilité. C’est une question de temps. Pour Walker et Kent, ce sera plus difficile. Ils auront tout de même, à leur position, apporté beaucoup au sport. Je peux prédire, avec fermeté, qu’un comité de révision leur ouvrira la porte lorsque le temps sera venu.

Voilà mes choix pour la cuvée 2018. J’aime me fier sur ce que mes yeux voient et non mettre l’accent sur ce que je ne peux voir. Les jeux de coulisses, les rumeurs et les boycottages ne m’intéressent aucunement. Ces joueurs ont tout donné sur un terrain de balle. Ils ont battu des records. Ils ont établi des marques qui resteront longtemps. À leur façon, ils ont changé le jeu. Ils méritent certainement tous une place parmi les plus grands. Et vous, quels seraient vos choix si on vous donnait un bulletin de vote?

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