Il y a pratiquement 10 ans jour pour jour, j’étais un jeune homme qui venait fraîchement de célébrer sa majorité. À cette époque, j’étais un jeune lanceur qui connaissait une progression assez impressionnante pour réussir à me tailler un poste avec l’équipe nationale junior. C’était une période absolument incroyable dans ma vie.
C’est à ce moment que ma famille et moi avons vraiment pu commencer à rêver au baseball professionnel de façon réaliste. Je me comparais avec les meilleurs espoirs aux pays avec un certain succès. Je commençais à toucher les 90 MPH avec ma balle rapide. Mon physique très élancé de 6 pieds 5 pouces pour seulement 185 livres laissait croire que je pouvais en avoir encore plus dans le réservoir.

Jouer parmi l’équipe nationale junior cette année-là était une bénédiction. Un certain Brett Lawrie attirait une armée de dépisteurs chaque match et entraînement que nous avions. On le projetait déjà comme une future étoile du baseball majeur depuis son jeune âge. Lawrie était certain d’être un choix de première ronde. Cela permettait donc à tous les joueurs de l’équipe de profiter d’une visibilité accrue auprès des dépisteurs sur place.
Le déroulement
Pour ceux qui sont moins familiers avec le repêchage de la MLB, c’est sans aucun doute le moins glamour de tous les sports professionnels nord-américaine. À l’époque, on parlait de 50 laborieuses rondes (aujourd’hui 40 rondes), étalées sur 3 jours. La première ronde était sujette à une certaine couverture médiatique et télévisuelle, mais la suite était sous la forme peu excitante d’une conférence téléphonique diffusée sur internet.
Trente équipes qui choisissent 50 joueurs chacune, ça fait 1500 sélections. Vous comprendrez, il n’y avait donc pas de niaisage! Une fois la première ronde terminée, les équipes défilaient, les unes après les autres, pendant des heures. Le lendemain, eh bien, ça continuait jusqu’à ce que toutes les équipes aient effectué toutes leurs sélections.
Faux espoirs
Durant les semaines précédent le jour J, plusieurs joueurs dans ma situation partout en Amérique du Nord allaient rencontrer des dépisteurs. Certains sont même venus chez moi prendre un café pour rencontrer ma famille et voir mon environnement, j’imagine. Cette période pour un jeune athlète comme je l’étais laisse place à beaucoup d’interprétation. On se compare entre joueurs, on entend parler de certains joueurs repêchés dans le passé qui était à notre avis moins bon que nous, et on se fait toute sorte de scénarios.

Je ne peux pas compter le nombre de fois où on m’a demandé : «Tu penses sortir quand dans le draft?» Je croyais honnêtement que c’était dans la poche. J’allais être choisi et la vie serait belle.
Long longtemps
Le repêchage a commencé. J’étais tout excité devant mon ordinateur, tout en étant lucide et je savais bien que je ne serais pas appelé durant les premières rondes. Peut-être bien en 10e ou 15e ronde, pourquoi pas?
La journée avançait, les rondes passaient et les noms défilaient.
The Padres select, with their 11th round pick: Bagley, Tyson from Dallas Baptist University
Honnêtement, je capotais. Je n’en revenais pas! Je me disais, mais mon Dieu, est-ce qu’ils sont en train de nommer tous les joueurs de baseball au monde!? Combien d’universités et de high school pouvait-il bien y avoir? Moi qui avais commencé à me croire spécial de mesurer 6 pieds 5 et de lancer à 90 MPH. Je commençais à réaliser en voyant ce qui se passait sous mes yeux. Lors de chaque sélection, on pouvait apercevoir les informations sur le joueur choisi. C’était le festival du gars de 6 pieds 4, 6 pieds 5…
Les rondes passaient et passaient. Mon enthousiasme débordant du début de la journée se transformait peu à peu en frustration.
Giants
J’étais en train de vivre une petite leçon d’humilité. Mon attitude s’était mise à changer et après 30 rondes, je souhaitais seulement entendre mon nom avant que la journée se termine.
Puis, la 34e ronde est arrivée.
The San Fransisco Giants select from Ahunstic College, Lafrenière, François a right-handed pitcher.

J’ai été le 1 017e nom prononcé cette année-là. Lorsque mon nom est apparu sur l’écran, mon Facebook a explosé, le téléphone de la maison a sonné! C’était Ray Callari des Giants qui me disait félicitations et que nous allions être en contact dans les prochains jours.
Je crois que je réalise encore plus aujourd’hui à quel point cette journée a été spéciale.
La dure réalité
On pourrait croire qu’après le repêchage tout est réglé. Mais non, sur les 50 joueurs choisis par chaque équipe, seulement 30 environ signeront des contrats. Après le repêchage, les états majors iront voir en personne leur sélection pour décider à qui consentir des contrats pros.
Cet été là, lorsque les Giants sont venus me voir au parc Paul-Pratt à Longueuil, j’ai simplement prouvé que le maigre lanceur que j’étais n’était pas prêt pour les rigueurs du baseball professionnel. Ils sont passés rapidement à un autre appel sans même m’offrir quoi que ce soit.
Après le 15 août, je redevenais libre comme l’air comme si le repêchage n’avait été qu’un rêve.
2009
L’année suivante a été la plus difficile de mon parcours, ma progression n’a pas été celle souhaitée. J’ai frappé un mur en quelque sorte. Lorsque le repêchage s’est repointé le bout du nez, j’ai dû attendre à la 43e ronde avant d’entendre mon nom de nouveau.
Malgré ma saison difficile, je croyais, comme la plupart des espoirs, que j’aurais tout de même amélioré mon rang de repêchage, mais non. Il faut aussi dire que je n’avais pas pu profiter du fait que je jouais avec l’équipe nationale, car j’étais trop vieux.
Les Phillies d’Alex Agostino avaient tout de même pris une chance et espéré que je progresse durant l’été avant de ne pas m’offrir de contrat à leur tour.
Compétition américaine
J’ai quitté en janvier pour le St.Petersburg College en Floride. Je suis allé rejoindre mon compatriote Kevin Tremblay, qui s’était lui déjà exilé depuis le mois de septembre dans cet excellent programme pour affronter du gros calibre. J’ai compris pourquoi je n’avais pas été repêché plus tôt dans le passé.
Tous nos lanceurs lançaient au-dessus de 88 MPH. Ce n’était qu’un petit collège! Je me suis dit que j’allais devoir faire parler de moi par mes performances. Cependant, notre rotation de partants était tellement forte (avec un certain Cody Allen en tête) que j’étais confiné à la relève et à peu d’utilisation.
J’avais si peu joué, que cette année là, le repêchage je ne l’ai même pas regardé.
Réalisation d’un rêve
Un certain Buddy Hernandez a appelé chez moi en juin 2010 pour m’annoncer que j’étais le choix de la 47e ronde des Braves. Il m’avait vu lancer à une seule reprise, mais j’en avais fait assez pour que les Braves veuillent me signer.

Pour tous les jeunes prospects, mon histoire est la preuve que vous ne savez jamais qui vous regarde jouer.
En 2008, j’étais encore un ado qui prenait le repêchage pour acquis. En 2010, j’étais un athlète prêt à faire face à son plus grand défi.
