Qu’est-ce que ça vaut, un premier choix au repêchage dans la MLB?

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Maxime Lauzier

Publié le 4 juin 2018 à 6h30

C’est aujourd’hui que le repêchage du baseball majeur se tiendra, à Secaucus au New Jersey. Après une décevante saison 2017, les Tigers parleront d’entrée de jeu durant l’encan, une première depuis 1997. Cette année-là, ils avaient misé sur le lanceur droitier Matt Anderson.

Si Anderson atteignait les Majeures dès l’année suivante, il n’a jamais joué à la hauteur de son rang. Le droitier a passé tout son temps dans les Majeures comme releveur et a atteint son apex en 2001 en récoltant 22 sauvetages malgré une moyenne de points mérités à 4,82.

C’est ainsi que je me suis posé la question : qu’est-ce que ça vaut exactement, un choix de première ronde dans la MLB? Est-ce qu’Anderson n’était qu’une exception à la Patrik Stefan ou Anthony Bennett, ou bien le repêchage du baseball est une science plus inexacte que celui des autres sports? Je me suis amusé à regarder les 20 dernières années du repêchage de la MLB, soit celles juste après le choix de Matt Anderson, pour répondre à ces questions.

Un succès mitigé

On peut séparer les 20 derniers premiers choix en 5 catégories :
– Les joueurs élites/ceux qui ont au moins une présence au match des étoiles (Josh Hamilton, Adrian Gonzalez, Joe Mauer, Justin Upton, David Price, Stephen Strasburg, Bryce Harper, Gerrit Cole, Carlos Correa)
– Le joueur qui aurait dû avoir une présence au match des étoiles (Pat Burrell)
– Les étoiles potentielles (Dansby Swanson, Royce Lewis)
– Les grandes déceptions (Bryan Bullington, Delmon Young, Matt Bush, Luke Hochevar, Tim Beckham)
– Les busts potentiels (Brady Aiken, Mickey Moniak)

En résumé, 10 ont atteint leur potentiel ou presque, 2 sont en attente et 8 sont des déceptions. Le duo Aiken-Moniak a toujours le temps de renverser la vapeur, mais c’est mal parti. Pour l’instant, on peut donc dire que les chances de réussite avec son premier choix varient de 50% à 60%.

Le premier choix du repêchage 2014, Brady Aiken, n’a jamais signé avec les Astros. C’est probablement pour le mieux, alors qu’ils ont obtenu le 2e choix en 2015 comme compensation, où ils ont sélectionné Alex Bregman. (AP Photo)

Mais encore, ce taux de réussite est d’un point de vue individuel, parce que certains d’entre eux ont connu leurs succès ailleurs. On pense à Josh Hamilton et Adrian Gonzalez (aucun match avec l’équipe qui les a repêchés) et Gerrit Cole (connaît ses meilleurs moments loin de Pittsburgh). Seulement six joueurs sur les 20 ont atteint leur plus haut niveau avec leur première équipe, un chiffre qui pourrait monter à sept, si Royce Lewis connaît une belle carrière avec les Twins.

En se fiant à ces chiffres, les Tigers ont donc entre 50 et 60% de chance d’obtenir un joueur étoile, et entre 30 et 35% d’obtenir un joueur étoile qui atteindra son meilleur niveau avec leur équipe.

Le cas unique du baseball

À titre de comparaison, détenir la plus haute sélection au baseball présente moins de certitude que dans les trois autres grandes ligues nord-américaines (mes excuses à la MLS, son repêchage est marginal). Sur le même échantillon des 20 dernières années, 60% des premiers choix de la NBA ont participé à un match d’étoiles, 65% dans la NFL et 85% (!!) dans la LNH.

Ce n’est pas un hasard si chacune de ces ligues fait un grand spectacle du repêchage, avec multiples repêchages simulés, émissions spéciales et télédiffusion, alors qu’au baseball, on reste discret.

Il y a toutefois un important astérisque à ajouter à ces chiffres. Contrairement au hockey, football et basketball, un nombre important de joueurs de baseball ne passe pas par le repêchage. En effet, seuls les joueurs du Canada, des États-Unis et des territoires contrôlés par les États-Unis comme Porto Rico y sont admissibles. Ce n’est alors pas nécessairement le meilleur espoir qui sera pris en premier, mais le meilleur espoir des États-Unis (ou du Canada, on ne sait jamais).

Vladimir Guerrero jr est l’un des nombreux talents qui ont échappé à la séance de repêchage. (Steve Mitchell/USA TODAY Sports)

Lors de l’ouverture de la saison 2018, on retrouvait en MLB 84 joueurs de la République dominicaine, 74 du Venezuela, 17 de Cuba, et bien d’autres du Mexique, Japon, Colombie, etc. Tous des joueurs qui n’ont pas passé par le processus du repêchage. Est-ce que des talents bruts comme Shohei Ohtani ou Ronald Acuna auraient été pris à la place d’un Mickey Moniak? On ne le saura jamais, mais on sait que des talents de premier plan échappent au repêchage et ça diminue nécessairement la valeur d’un premier choix.

Alors, ça vaut quoi un premier choix?

Le premier choix a beau pâlir par rapport aux autres sports et être limité au territoire des États-Unis (et du Canada), il n’en reste pas moins qu’il peut changer le portrait d’une organisation. Parlez-en aux Nationals. Seulement, ce n’est pas chaque année que tombe un talent générationnel et les chances d’obtenir un joueur étoile sont pratiquement égales à celle d’une déception. La valeur est certes présente, mais comme les Cubs et les Astros l’ont démontré, c’est plutôt l’accumulation des choix top-10 qui finit par payer.

Alors pour les Tigers, espérons que le résultat soit plus concluant qu’avec Matt Anderson. Et juste pour être sûr, je m’arrangerais à leur place pour retrouver la cave du classement le plus tôt possible.

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