Les temps changent. Les générations évoluent. Elles s’ajustent rapidement à leur époque.
Le baseball nous a habitué à évoluer à basse vitesse. Chaque pouce ou mille à l’heure est précisément mesuré (et évalué) pour préserver l’authenticité du jeu. À travers le temps, les records ont été battus. Les marques ont été établies. Le jeu, lui, est resté le même.
Avec un peu plus d’un mois d’activité dans les Majeures cette saison, déjà plusieurs marques importantes sont en sérieux danger d’être éclipsées. Certaines d’entre elles font assurément réfléchir sur ce qu’est devenu le baseball d’aujourd’hui.
Le « tout ou rien »
On en parle beaucoup. Le « tout ou rien ». « All or nothing » pour les plus bilingues d’entre nous. Plusieurs frappeurs se façonnent une carrière aujourd’hui avec une piètre moyenne au bâton de .200 et un circuit par semaine. Les équipes l’acceptent. Les foules ne s’en plaignent pas.
Vous vous dites peut-être: « Voyons Dereck! Ça a toujours existé un joueur unidimensionnel qui ne compte uniquement que sur sa puissance! » En effet, les Jose Canseco, Henry Rodriguez et Adam Dunn ont connu de belles carrières, mais il n’étaient pas si nombreux. Désormais, dès leur jeune âge, on apprend aux futurs baseballeurs à soulever la balle avec force plutôt que de prôner le contact solide au centre du terrain. Sans rentrer dans le technique, on leur enseigne le « tout ou rien ».

Au 30 avril 2019, 1144 coups de circuit avaient été frappés en 874 parties. Une moyenne de 1.31 par match. La marque pour une saison complète est de 1.26. Et on était en avril; le mois le plus froid de la saison! Par comparaison, en avril 2018, la moyenne était de 1.09 coups de canon par match. La différence est énorme! Le « tout pour le tout » fait des ravages, mais au final, qui se plaindra de plus de longues balles?
Le « rien », quant à lui, est plus drastique. Plus déstabilisant. Les frappeurs fendent l’air plus que jamais. Au 30 avril 2019, ils accumulaient une moyenne de 8.86 retraits au bâton contrairement à 8.48 l’an dernier, une année record. À ce rythme, les frappeurs retourneront dans l’abri le bâton sur l’épaule 43 000 fois cette saison, une marque qui dépasse de 1800 le record de 2018. À titre de comparaison, lors de la saison 2005, 30 644 retraits sur des prises avaient été enregistrés.

La faute des lanceurs
De nos jours, pour être moindrement considéré, un lanceur se doit de lancer une balle rapide à plus 93 milles à l’heure. Un releveur, c’est encore plus. Et, de surcroît, la balle doit bouger. Certaines balles aujourd’hui sont pratiquement impossibles à frapper. Et quand on réussit à la frapper, elle va inévitablement plus loin.
Est-ce que les frappeurs ont changé leur façon de s’élancer en réaction à la génération d’artilleurs qui lancent des balles de feu? Si c’est tout ou rien pour les frappeurs, ce l’est tout autant pour les lanceurs. Les lanceurs de contrôle s’éteignent-ils au même rythme que les frappeurs de contact? Sommes-nous dans une ère ou l’on se sert davantage de nos bras que de notre tête pour gagner un match de baseball? L’optimiste en moi ose croire que c’est un passage obligé… mais temporaire.
Source statistiques : AP News
