Jen Pawol a fait ce qu’aucune femme n’avait fait auparavant. Elle a foulé pour la première fois un terrain de la MLB en tant qu’arbitre. Samedi, au premier but, ensuite au troisième, dans un programme double, pour finalement atterrir derrière le marbre dimanche. Une position névralgique, s’il en est une dans le monde de l’arbitrage, où on se met sur la première ligue pour être critiqué sous tous les angles.
Imaginez quand vous brisez un plafond de verre et que les gens vous attendent déjà avec briques et fanaux.
Alors, ça s’est passé comment pour Jen?
Exactement comme ça devait se passer. Très bien.
Une première décision qui fait jaser
Ne vous inquiétez pas, je sais qu’elle a déclaré une prise quand c’était plutôt une balle au tout premier lancer. C’est absolument vrai. Mais savez-vous quoi? Cette première décision était parfaite. Quoi que vous en disiez. Respirez deux secondes et continuez de lire, s’il vous plaît.
À la base, le baseball est un jeu d’erreurs et les arbitres n’y font pas exception. Des prises appelées balles et des balles appelées prises, il y en a eu et il continuera d’en avoir. L’erreur est humaine.
Dans l’absolu, une prise callée prise ou une balle callée balle aurait été plus que parfaite. Le scénario rêvé même en sachant que plusieurs n’attendaient que ça, qu’elle se « plante ». Ça paraît dans les commentaires sous les diverses publications à ce sujet, d’ailleurs. J’ai même vu de l’incompréhension face à la certification de cette première balle qui s’en va directement à Cooperstown. C’est la procédure. Bon call, mauvais call, cette toute première balle appelée par Jen Pawol s’en allait directement au Temple de la renommée parce que peu importe le résultat, c’est un moment historique. Tous les yeux étaient rivés sur elle, et ça, c’est important à garder en tête quand on analyse sa performance.
Et je vais même vous citer un de mes amis : sa première décision était parfaite.
Pourquoi? Parce qu’on oublie que la nervosité peut jouer pour beaucoup dans cette situation… ou toute situation importante du quotidien. Comme mon ami (il se reconnaîtra) le dit si bien : « Les gens sont majoritairement nerveux de passer leur examen de conduite tout simplement. [Alors] quand tu dois effectuer un appel devant des milliers de personnes, ça ajoute au stress et c’est un élément CONSIDÉRABLE.»
Jen Pawol était nerveuse comme John Doe l’est à son tout premier match. La différence? C’est que John Doe passe dans le «beurre» de l’œil du public, pas Jen Pawol.
Elle a fait exactement ce qu’elle devait faire
Ses statistiques parlent d’elles-mêmes. Mais voyons Alexe, c’est dans la moyenne, rien pour appeler sa mère.
En effet et encore une fois, c’est parfait. La réalité, c’est que les attentes envers elle sont boostées aux stéroïdes par la couverture médiatique de cet événement et son genre. C’est une réalité.
Ce que plusieurs semblent oublier, c’est que Jen Pawol n’a jamais été vendue dans l’espace public comme quelqu’un qui révolutionnerait l’arbitrage au baseball. Ni même comme «une femme qui ferait mieux que les hommes en place.» Bien au contraire. L’image qu’on a vendue d’elle est qu’elle serait la première femme à arbitrer un match de la MLB, qu’elle avait fait ses classes comme ses comparses masculins et que le moment était venu – bien que la MLB ait décidé du timing qui lui plaisait le plus, mais ça, c’est un autre débat – qu’elle fasse exactement le même travail qu’eux dans la grande ligue.
C’est-à-dire :
- arbitrer un match avec ses forces et ses faiblesses
- être constante dans ses inconstances (la zone de ses prises était sensiblement la même tout au long du match, il n’y a pas eu de grande surprise)
- effectuer un travail d’aussi bonne qualité que les arbitres recrues (ou en place) dans la ligue.
Jen Pawol a coché tout ça. C’est un sans faute à ce niveau (pas pour les décisions gang, on reste focus). Elle a fait un travail honnête et comparable à celui de la moyenne des arbitres dans la ligue, et ce, dans des circonstances extraordinaires.
J’ai hâte de voir la suite. Elle connaîtra assurément de mauvaises soirées comme d’autres arbitres en connaissent aussi et ça me va. Mais j’ai surtout hâte de la voir prendre ses aises et de voir son potentiel briller.
Et si vous êtes toujours en désaccord avec moi, dites-vous au moins qu’elle n’a pas fait pire qu’Angel Hernandez et c’est toujours ça de gagné pour la MLB.
