Cy Young dans la Nationale : une guerre des mentalités

Hier soir, la MLB dévoilait les récipiendaires du trophée Cy Young dans les deux ligues. Robbie Ray n’a pas eu trop de difficulté à l’emporter dans l’Américaine, mais dans la Nationale, on s’attendait à une belle bataille entre Corbin Burnes et Zack Wheeler. Désolé Max Scherzer…

En fin de compte, c’est l’artilleur des Brewers qui l’a emporté, et il ne l’a pas volé.

Après tout, quand on regarde les statistiques de Burnes cette année, difficile de critiquer sa victoire. Le partant a maintenu la meilleure moyenne de points mérités de toute la MLB (2,43). Pour les partisans de chiffres avancés, il a également maintenu le meilleur ERA+ (176) et le meilleur FIP (1,63) des Majeures.

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Mais Burnes n’a toutefois obtenu qu’une très maigre marge de victoire. Pourquoi? En raison du nombre de manches lancées en 2021.

Durant la dernière campagne, Burnes a lancé 167 manches. Quant à Wheeler, c’est plutôt 213,1 (un sommet dans la MLB). Et c’est là que ça dérange beaucoup de gens, et pas seulement les puristes.

Après tout, Wheeler a obtenu pas moins de 139 retraits de plus que Burnes cette saison. N’est-ce pas là un facteur important dans la course au Cy Young?

Oui et non.

Je ne dénigre en rien l’exceptionnelle saison de Wheeler, qui était un réel prétendant au titre. Or, regardons un peu les trois raisons principales qui expliquent cette disparité entre les manches lancées :

  • Wheeler est un gars plus établi que Burnes dans les Majeures. C’était la première fois que ce dernier avait droit à une saison d’une trentaine de départs dans la MLB, alors que Wheeler en était à sa quatrième. Ça, c’est un argument en faveur de Wheeler : un bon lanceur lance beaucoup de manches avec une grande efficacité.
  • La situation des partants est bien plus favorable pour les Brewers que pour les Phillies. La troupe de Craig Counsell y a été d’une rotation à six partants à quelques reprises durant la saison tellement il y a des bras de qualité, tandis que les Phillies ont plus souvent eu une rotation de quatre partants. Ça, c’est hors du contrôle de Burnes, et je ne pense pas que ça doit le pénaliser.
  • Même son de cloche chez les releveurs : tandis que les Brewers ont pu compter (entre autres) sur Josh Hader et Devin Williams, la relève des Phillies est épouvantable depuis des années. Encore là, si Counsell peut compter sur des releveurs de qualité, il ne mettra pas trop de pression sur Burnes. Et encore là, ce dernier ne doit pas être discrédité pour cette raison.

Une situation du genre avait été vécue quand Blake Snell a remporté le trophée Cy Young en 2018 face à Justin Verlander. Le lanceur des Rays avait alors lancé 33,1 manches de moins que Verlander, et même si l’écart est moins grand que celui entre Burnes et Wheeler, il n’en demeure pas moins que ça se ressemble.

Certains diront que Snell ne méritait pas ce Cy Young, mais j’ai un autre argument pour vous.

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Maintenant qu’on sait que Burnes a été plus efficace que Wheeler, on peut se pencher sur les chiffres dont il aurait eu besoin pour égaler le nombre de manches et la production du lanceur des Phillies :

Je ne pense pas avoir besoin d’ajouter quoi que ce soit.

Certains répliqueront à ceci que Wheeler a dû lancer plus de manches durant ses départs et qu’il est normal que l’efficacité diminue un brin en septième et en huitième manche (le bon vieux « troisième tour au bâton »), mais ça revient encore à la situation des releveurs chez les deux équipes, et je ne crois pas qu’il faut discréditer Burnes pour cette raison.

Dans les faits, on ne donne pas seulement le Cy Young à Burnes parce qu’il a été efficace. Si ça avait été le cas, les deux vainqueurs auraient probablement été Liam Hendriks et Josh Hader. Je doute que quelqu’un aurait voté pour eux dans la course.

Bref, je comprends le point de vue de ceux qui auraient aimé voir Wheeler l’emporter. Ce dernier a été exceptionnel cette année, je tiens à le répéter. Or, un peu comme Vladimir Guerrero Jr., il a trouvé son Shohei Ohtani en Burnes.

Cette même saison de Wheeler aurait pu lui permettre de remporter le Cy Young haut la main dans plusieurs saisons. Il a simplement fait face à une saison presque parfaite de la part de Burnes, où sa totale dominance compense pour un nombre de manches moindre (qui est principalement dû à des situations hors de son contrôle, doit-on le rappeler).

Reste qu’il s’agit d’un très beau débat des mentalités auquel on a droit ici. Et tant qu’il demeure nuancé, il demeure fort agréable.

À qui auriez-vous accordé le Cy Young, donc? Le dominant Burnes ou le bourreau de travail Wheeler?

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Félix Forget
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