La fabuleuse histoire de la carte erronée de Frank Thomas

Le monde du hobby est un monde passionnant si on veut bien, une fois de temps en temps, se donner le temps de s’y intéresser. Depuis quelques années, cette mode un peu délaissée depuis le début des années 2000 est revenue en force pour le plus grand bonheur des collectionneurs et chasseurs de trésors chevronnés. Si les prix ne sont forcément plus les mêmes qu’à l’époque, la passion reste la même. Les amateurs de cartes des années 90 s’y sont remis et certains ont même ressorti leurs vieilles boîtes remplies de bouts de carton qui n’ont certes plus de valeur, à quelques exceptions près.

Car oui, certaines de ses cartes ont vieilli comme du bon vin et ont pris une valeur considérable (je parle ici de plusieurs milliers de dollars). Les raisons de cette inflation sont multiples : joueur exceptionnel intronisé au HOF, signature, carte numérotée tirée à petit exemplaire, variations, recrues prometteuses devenues des légendes. Pour d’autres, c’est une simple erreur d’impression qui lui a offert le succès.

C’est ce qui est arrivé à la carte recrue de Frank Thomas de la compagnie Topps en 1990.

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Un petit bout de métal sur un petit bout de carton

Pour ceux qui connaissent le produit, les cartes Topps de 1990 ne sont pas les plus belles cartes du monde. Leur design coloré, leurs photos pas très nettes et leur texture cartonnée avaient moins de classe que ce que pouvait produire l’autre grande compagnie de l’époque, Upper Deck.

Bref, là n’est pas l’intérêt de la discussion. Dans ces jolis paquets qu’on pouvait acheter 50 cents à l’époque au dépanneur du coin de l’autre côté de la frontière, on pouvait y trouver bien évidemment tous les joueurs phares de l’époque : Nolan Ryan, Don Mattingly, Ozzie Smith, Tony Gwynn… je ne les citerais pas tous. On pouvait y trouver aussi pleins d’inconnus et de quelques recrues qui allaient débuter leur carrière dans la MLB.

La carte numéro 414 de cette série était celle de Frank Thomas. Étrangement, cette carte est sortie d’usine avec un énorme défaut d’impression puisque son nom ne figurait pas sur l’avant de la carte.

Voici comment est née la fameuse Topps 1990 Frank Thomas NNOF (No Name On Front).

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La carte « erreur » Topps 1990 de Frank Thomas. Photo : Ebay

La faute à qui? À quoi? Selon les dires, une pièce de métal de la machine à impression serait tombée sur la planche à cet endroit, empêchant ainsi l’encre noire de fixer au papier. Certaines bordures sont également manquantes (à gauche, notamment le long de la ligne rouge, et en bas à droite).

L’encre noire ne s’est tout simplement pas appliquée à cet endroit. D’autres cartes de cette « planche » ont elles aussi été impactées par cette petite pièce de métal, mais moindrement que celle du Big Hurt, qui vraiment a été la plus impactée par ce petit souci technique. Il fallait que cela tombe sur un joueur qui allait devenir l’un des meilleurs de sa génération.

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Voici un aperçu de la planche en question.

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La planche avec visualisation des zones d’impression incomplètes. Capture d’écran : YouTube

Corrigée, mais trop tard

Alors bien sûr, les producteurs s’en sont rendu compte et ont corrigé le tir, mais bien trop tard puisque qu’une partie du produit fini était déjà parti remplir les étalages des magasins de l’Est du pays.

Dès lors, quand les premiers packs ont été ouverts, les gens furent surpris de voir une carte mal imprimée d’un joueur qui ne disait rien à personne. Certains l’ont rangé comme une carte normale d’une valeur de même pas une cent, d’autres l’ont jeté, d’autres ont eu l’intuition qu’il y avait une petite mine d’or là-dessous.

Et ils ont bien fait, puisque quelques années plus tard, la valeur de cette carte, devenue une pièce rare, est montée en flèche, atteignant aujourd’hui dans certains encans et selon l’état de celle-ci les 17 000 $. (La version parfaite PSA 10 de cette carte atteint les 50 000$). Une plus value plutôt agréable.

Les cartes des années 90 ont été tirées à des millions d’exemplaires, beaucoup trop. Les compagnies ont eu les yeux plus gros que le ventre et la plupart de ces cartes n’ont plus aucune valeur. Il reste des stocks énormes ce des boîtes de cartes et nombreux sont ceux qui, 30 ans plus tard, mettent un petit 20-30 $ pour une boîte de Topps 90 en espérant trouver le Saint Graal.

Malheureusement, cette version erronée de Frank Thomas n’aurait été tirée qu’à 250 à 500 exemplaires avant d’être corrigée. Les boîtes contenant le précieux sésame ont été expédiées principalement dans l’Est du pays. Les chances de tomber sur l’une d’entre elles sont rares, pour ne pas dire inexistante.

J’ai lu récemment qu’un gars s’est payé deux caisses de cette série, ouvrant pas moins de 1440 paquets de cartes sans tomber dessus.

Allez-vous tenter votre chance?

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Sébastien Tabary
Publications: 506