Entretien avec les cosignataires derrière l’idée d’un stade sans partisans, Sylvain Raymond et Carl-André Hurtubise

Disons que la planète baseball a été ébranlée aujourd’hui lorsque deux partisans ont lancé l’idée, à première vue surprenante, de construire un stade de balle sans estrades pour les futurs Expos!

https://twitter.com/TVASports/status/1280126012643332096?s=20

Pour en savoir plus et approfondir la réflexion, l’équipe de Passion MLB les a contactés.

Penser autrement

Qui sont-ils? Pour faire une histoire courte, retenons que ce sont deux amoureux du baseball (Carl-André a notamment visité 39 stades dans sa vie) qui ont eu du temps pour réfléchir à l’idée lors de la pandémie, ayant eu une inspiration en lien avec les rencontres disputées à huis clos en Asie.

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L’un est consultant marketing et l’autre est CPA. Ils rappellent que ce n’est pas un plan d’affaires et ils ne sont aucunement rattachés à des investisseurs, juste une idée en tant que fan de balle.

Ayant été fort généreux de leur propos, la thématique de la nostalgie et du compromis est revenue souvent. Comme le disait Carl-André, l’idée fait réagir, car les gens veulent le retour des Expos comme ils l’ont déjà connu. Les parents veulent amener leurs enfants au stade comme leurs parents le faisaient avec eux à l’époque. Par contre, est-ce cela que la jeune génération veut vraiment aujourd’hui?

De nos jours, les ados et les jeunes adultes regardent en direct du confort de leur foyer, avec des millions d’autres personnes, les compétitions de eSports, style Fortnite, et font des donations en direct pour faire vivre le sport. C’est une autre game.

Dans un monde en constante évolution, les choses changent vite et il faut s’adapter. La technologie est tellement avancée qu’il faut l’exploiter. Imaginez si après un arrêt spectaculaire de Carey Price en série, les partisans pouvaient faire un don en direct, mettons 1$, à la Fondation pour l’enfance des Canadiens de Montréal, me mentionne Sylvain. Le montant accumulé pour la cause serait plus qu’impressionnant.

Aller voir du baseball n’est pas suffisant pour faire vivre une équipe de baseball.

Sylvain Raymond

Comme le témoignent les cosignataires, en 2020, il y a moyen de consommer du sport et d’avoir une équipe rentable sans dépendre des revenus de la billetterie.

À titre d’exemple, les Marlins de Miami n’ont engendré qu’environ 50 millions en revenus reliés à la billetterie en 2019. On parle, billet, concession, etc… Pour eux, il y a moyen d’aller chercher cet argent autrement, en innovant et Montréal aurait ainsi la chance d’être précurseur.

Ils poussent même la note plus loin en affirmant que si les stades de baseball n’avaient pas d’estrades, il y aurait du baseball qui se jouerait en ce moment et il n’y aurait pas eu de conflit entre proprios et joueurs en lien avec la crise sanitaire.

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Être fan sans jamais se rendre au stade

Les deux hommes me donnaient l’exemple avec d’autres sports. Un nombre élevé de partisans québécois de la NFL regarde les parties et suit les activités de leur équipe favorite sans jamais avoir mis les pieds au stade… et ces gens-là n’iront probablement jamais!

Encore, au soccer, sport le plus populaire au monde, nombreux sont les fans invétérés qui proviennent de l’Asie et partout dans le monde qui suivent les activités de Manchester United, par exemple, et qui jamais n’iront les voir sur place.

Comme Sylvain et Carl-André le disaient, certes, les Expos ont connu de bonnes foules dans les années 1980, or, ce ne fut pas toujours le cas, et ce, malgré de bonnes saisons. En 1996, avec une fiche de 88-74, une deuxième place dans la division et une course aux séries jusqu’à la fin, la moyenne d’assistance était de 19 900 spectateurs. Les Expos n’ont jamais été, et ne seront jamais comme les Cubs, les Red Sox ou les Yankees qui remplissent sans difficulté leur stade même avec une équipe perdante. Il faut trouver une façon innovante de maximiser les revenus. Penser autrement, quoi!

Tout cela, sans oublier que consommer le sport ça coûte cher. À New York, une sortie au Yankee Stadium est loin d’être donnée et probablement 99 % de la base partisane qui arbore la casquette la plus célèbre du monde ne se rend pas au stade pour regarder les parties, faute de moyens ou non. Voir une rencontre près de l’action est pas mal réservé à l’élite de Manhattan.

L’émotion du sport

À savoir si retirer les spectateurs d’un stade, c’était synonyme de retirer l’émotion que procure le sport, je pense que les deux hommes, fort éloquents, ont bien eu raison de dire que si les Canadiens se rendent en finale de la Coupe Stanley avec le concept des villes bulles et des matchs à huis clos, les Québécois seront tout de même tous en haleine devant leur téléviseur et que les joueurs feront tout pour gagner.

Ils me rappelaient aussi que les gens ont à l’époque regardé la partie de la finale féminine d’Eugénie Bouchard sans se rendre à Wimbledon nécessairement et que ces mêmes personnes regardent les Jeux olympiques dans leur salon et n’assisteront probablement jamais à une compétition sur place de toute leur vie.

Selon les deux hommes, pourquoi ce serait différent pour une équipe locale?

Voici d’ailleurs le lien pour accéder à leur lettre ouverte.

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Maxime Trudeau
Partisan #1 des Royals de Kansas City. Joueurs favoris: Whit Merrifield, Christian Yelich. Passion pour tout ce qui touche le monde du sport et le milieu agricole. Le Plateau Mont-Royal, Montréal. Bachelier Université du Québec à Rimouski, Communication Relations humaines.
Publications: 163
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