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Il y a 25 ans, j’y rêvais…

Crois en tes rêves, n’abandonne jamais, va jusqu’au bout. Voici des phrases clichés que tout le monde entend à un très jeune âge. Évidemment, comme on dit : beaucoup d’appelés, peu d’élus. Il faut un talent exceptionnel pour accéder à l’élite et maintenant je m’en rends bien compte. Mais comment expliquer à un enfant qu’il n’a pas ce qu’il faut pour atteindre son rêve? J’ai envie de vous raconter une petite histoire, celle de ma participation au championnat canadien en 1994.

Petit résumé

J’ai toujours été doué pour le baseball, sans être le meilleur. J’ai toujours joué dans le AA. C’est dans ces années-là qu’on espère percer, se rendre dans les Majeures et être reconnu comme nos idoles. À l’âge de 16 ans, j’ai joint les rangs d’une équipe de Terrebonne et c’est là que mon rêve a grandi.

Mon entraîneur de l’époque a décidé qu’étant donné que j’étais gaucher, j’allais devenir lanceur. J’avais bien ri puisque je n’avais jamais été lanceur auparavant. Grâce à plusieurs pratiques et à un bras en pleine forme, je me suis amélioré rapidement. Dès la saison suivante, notre équipe de Mascouche, puisque celle de Terrebonne avait été démembrée, a atteint la finale. Nous devions battre l’équipe de Sherbrooke à deux occasions pour remporter la chance de représenter le Québec au Championnat canadien à Stoney Creek en Ontario.

Dans un match enlevant, nous perdions par 1 en dernière manche et je suis arrivé au monticule. J’ai accordé un triple au premier frappeur, donné un but sur balles au second, puis un ballon au premier but face au redoutable quatrième frappeur. Ensuite, on a piégé le coureur au premier avec une belle feinte. Retraits sur trois prises pour le troisième retrait, nous revenons au bâton et après avoir rempli les buts, j’arrive au marbre avec un seul retrait. Compte complet, la balle est frappée dans la gauche, elle courbe lentement hors ligne, mais elle semble toucher à la ligne de démarcation, pourtant l’arbitre appelle une fausse balle, la désolation. Consternation dans la foule.

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C’est fou comment la décision d’un arbitre peut changer le destin de 13 joueurs de 16-18 ans. Je reviens au bâton, troisième prise sur élan. OUCH! Notre meilleur joueur de l’époque, Francis Therrien, arrive donc à la plaque et après une solide bataille, frappe un ballon au receveur et c’en était fait de nous. Notre beau rêve s’envolait en fumée….

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Dodgers de Sherbrooke 1994 Team Québec – Photo : Simon Deschamps

La joie après la défaite

Malgré tout, après le match, l’entraîneur des Dodgers de Sherbrooke, Jean-François Couture, cogne à la porte de notre chambre et demande à me parler. Malgré les pleurs je sors à l’extérieur de la cabane où nous étions et à ma plus grande surprise, il me demande de se joindre à eux pour les accompagner au championnat canadien. Revirement d’émotions instantané! Mais est-ce que je laisse tomber mes coéquipiers ou je pars à l’aventure?

Direction : Stoney Creek, Ontario! Marc Legault, un de mes coéquipiers de Mascouche, se joint aussi à nous.

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Simon Deschamps #30 – Photo : La famille Deschamps

Championnat canadien

C’est rendu là, du haut de mes 17 ans, qu’on voit toute l’ampleur d’un tel événement. Une présence au monticule devant des recruteurs et un rush d’adrénaline fou. Mais bon, j’avais beau y être, tout autour de moi il y en avait des meilleurs.

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Faire partie de l’élite canadienne est tout un sentiment de fierté. Si je me souviens bien un ou deux joueurs de notre équipe avaient assez bien fait pour attirer les regards de dépisteurs. Un joueur de la Colombie-Britannique avait attiré mon attention : Kevin Nicholson. Il avait déjà frappé deux grands chelems contre nous, et ce, comme frappeur ambidextre et voilà qu’on me demandait d’aller l’affronter. Résultat satisfaisant, un retrait 5-3. Cette même année-là, Nicholson a été un choix de 43e tour des Angels de la Californie. Six ans plus tard, il a même joué dans le show avec les Padres de San Diego. Moi, je l’ai retiré!

Pas que de bons souvenirs

Par contre, une histoire d’horreur nous a tous frappés. La mort d’un adolescent atteint par la foudre nous a tous atterrés. Matt Krol a perdu la vie alors que 20 autres jeunes ont été ébranlés. Les Blues de Calgary ont remporté le match suivant par la marque de 16-2 en mémoire de leur coéquipier. Nous avons tous terminé le tournoi avec un anneau noir autour de l’épaule en guise de respect envers les joueurs de l’Alberta. Ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous.

Croyez en vos rêves!

Nul doute que vous devez toujours croire en vous et en vos rêves. J’ai fait partie de l’élite québécoise pendant un bref moment et 25 ans plus tard, je m’en souviens toujours. À défaut d’avoir été repêché et de jouer dans la grande ligue et bien, je me contente de suivre leurs activités et d’écrire sur eux. C’est ma façon à moi d’y accéder d’une certaine manière.