Kevin Brown, l’homme de cent millions

En cette période exaltante où les spéculations financières sur les contrats bientôt accordés aux joueurs autonomes les plus recherchés, revenons un peu en arrière. Je veux vous parler d’un temps, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître pour paraphraser Aznavour. Car oui, il y a deux décennies à peine, il était possible d’être une vedette des Majeures et gagner moins de 100 M$. Étonnant n’est-ce pas? Aussi surprenant que de se rappeler que le premier joueur à avoir franchi cette péninsule contractuelle est le lanceur Kevin Brown, avec les Dodgers de Los Angeles.

Un contrat et un avion privé

En décembre 1998, Kevin Malone, ex-Expos et nouveaux directeur général des Dodgers, accorde un contrat de sept ans pour une valeur de 105 millions de dollars. Les réactions des autres formations furent instantanées. Seulement quatre ans après un conflit de travail historique entre propriétaires et joueurs, la digue des dollars venaient de se rompre laissant présager une crue importante de la rémunération pour les joueurs. Oui, il y a eu la grogne des dirigeants dans toutes les Majeures, mais un élément du contrat de Brown a fait jaser presque autant que les neuf chiffres accordés sur son chèque de paie. Brown s’est en effet vu « offrir » un jet privé pour voyager sa famille entre sa Géorgie natale et Los Angeles. Un avion à sa disposition personnelle lui permettant, à raison de 12 occasions par saison, de transporter ses proches pour le voir dégainer ses balles rapides. Un luxe singulier décrié d’un bout à l’autre de la planète baseball à ce moment.

Kevin Brown lance une balle de feu devant quelques membres sa famille venus par avion aux frais des Dodgers. Photo : DodgersNation.com

Le meilleur était derrière

Kevin Brown a signé ce faramineux contrat à l’âge de 34 ans. Champion de la Série mondiale en 1997 avec les Marlins, finaliste de celle-ci en 1998 avec les Padres de San Diego, il arrive à Los Angeles fort des deux meilleures saisons de sa carrière derrière la cravate. C’est justement là le problème : le meilleur était derrière et non devant. Arrivant au soir de ses saisons les plus performantes, au milieu de la trentaine, Brown ne pouvait que décevoir. Malgré deux premières saisons gagnantes, sa tenue au monticule n’a fait que péricliter petit à petit au tournant des années 2000. Il séjournera dans la ville des anges que cinq ans avant de terminer sa carrière avec les Yankees de New York à l’âge de 40 ans.

Brown termine sa carrière dans l’uniforme des Bombardiers du Bronx avec une fiche compilée de 211 victoires et 144 défaites dans les Majeures. Photo : Sporting News

L’histoire de Brown n’est pas sans rappeler le récent contrat accordé à Clayton Kershaw. Bien sûr, Kershaw est plus jeune que Brown en 1998. Il est maintenant âgé de 30 ans. Toutefois, malgré des performances qui le place au sommet de la liste des lanceurs dominants des Majeures, les Dodgers ont donné beaucoup d’argent – 93 millions pour trois ans – mais n’ont pas pris un engagement à long terme sur la durée avec le gaucher. Peut-être ont-ils appris de leur aventure avec l’homme de 100 millions.

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Source : SI.com