L’éloge de la lenteur selon David Price

Je regardais distraitement le deuxième match de la Série mondiale hier soir en clapotant sur mon téléphone. Je dis distraitement parce que lorsque David Price est au monticule, ma capacité de concentration est précaire et ne résiste que très peu à l’extrême lenteur du grand gaucher entre chacun de ses lancers. Et je ne sais pas pour vous, mais hier, en quatrième manche, j’ai frappé un mur. Je ne suis pas le seul d’ailleurs. Plusieurs collègues de Passion MLB m’ont avoué aussi avoir du mal avec le temps qui se suspend entre chaque tir de Price. Et hier, j’ai cogné le mur de mes lamentations devant les interminables pauses de Price au monticule. S’il était un joueur de hockey, c’est certain qu’il se prendrait un deux minutes - peut-être même une inconduite - pour retarder autant le match. J’exagère à peine.

Une force d'inertie

En cette époque où les Majeures tentent par tous les moyens de réduire le temps de jeu, de discipliner le personnel d’entraîneur et les joueurs pour accélérer la cadence des parties, Price est une force d’inertie sans commune mesure. Price prend souvent entre 25 et 30 secondes entre chaque salve. En fait, le gaucher incarne l’éloge de la lenteur alors que dans ce bas monde tout pointe vers plus de vitesse, plus de rythme.

Qu’il y est moins de conciliabules au monticule, que les matchs puissent se jouer en moins de trois heures pour répondre aux impératifs commerciaux des diffuseurs, ce sont des évolutions normales d'un sport plus que centenaire. À contre-courant, Price ralentit à lui seul cette tendance qui vise essentiellement à conclure les matchs avant les nouvelles de 10 heures à Télé-Métropole.

Price observe la foule et constate que plusieurs spectateurs se sont endormis entre deux de ses lancers. Photo : USA Today

Mais pourquoi être aussi lent?

Problèmes de vision pour voir les signaux de son receveur? Stratégie fine pour déjouer sa proie? Une chose est certaine, c’est que lorsque Price est sur la butte, tu es mieux d’être prêt à combattre la folle envie de lui crier par la tête « accouche qu’on baptise ». D’ailleurs, je suis toujours à la recherche d’une expression anglaise décente - sans F-word - pour qu’il comprenne bien mon exaspération.

Heureusement pour les Bostonnais, agglutinés hier au Fenway comme des pingouins en plein froid dans la Marche de l’Empereur, Price a livré une performance impériale et limité les Dodgers à trois coups sûrs seulement en six longues manches de travail. Une de ses meilleures sorties en carrière en série. Price est lent, mais pour gagner sa place pour la postérité, ça vaut bien quelques éternités de plus par lancer.

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