Et Dieu créa… Bo Jackson

Bo Jackson sous l’uniforme des Royals de Kansas City et des Raiders de Los Angeles dans les années 90. Photo : Getty Images

Légendaire, unique, surhumain, impressionnant, émouvant, époustouflant, béni des dieux… s’il fallait décrire le légendaire Bo Jackson en un seul mot, on serait encore en train de chercher tant l’athlète nous a, par le passé, émerveillé par ses qualités de sportif et d’humain.

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Bo Jackson a été l’un des rares sportifs à pratiquer deux sports majeurs en Amérique du Nord à la fin des années 80 et au début des années 90, le baseball et le football, et l’un des rares sinon le seul à avoir participé au Match des étoiles dans ces deux disciplines. Pas mal pour un gars qui a remporté un trophée Heisman et est devenu un membre du Temple de la renommée du football collégial de 1998 dans un sport qu’il décrivait comme son « passe-temps ».

L’enfant terrible de Bessemer

Vincent Edward Jackson est né le 30 novembre 1962, dans la ville ouvrière de Bessemer, Alabama. Il est le huitième d’une famille de 10 enfants. Sa mère, Florence Jackson Bond, l’a nommé ainsi, car son acteur de télévision préféré était Vince Edwards, interprétant le Dr Ben Casey au sein de la série du même nom dans les années 60.

Enfant renégat, sa famille disait de lui qu’il était aussi sauvage qu’un sanglier (NDLR : Boarhog en anglais). C’est ainsi qu’il a hérité du surnom de « Bo ».

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De son enfance difficile, Bo retient et décrit dans son oeuvre Bo Knows Bo qu’« [ils n’avaient] jamais assez de nourriture, mais au moins [il] pouvait battre d’autres enfants et voler leur argent pour acheter quelque chose à manger. Mais [il] ne pouvait jamais voler l’affection d’un père quand [il] en avait besoin. »

Le sport comme bouée

Loin d’être un élève modèle à l’école, Bo Jackson a commencé à faire parler de lui en sport, en réalisant quelques prouesses et cela, au pluriel.

C’est ainsi qu’au lycée McAdory de McCalla en Alabama, Bo a accumulé 1175 verges et 17 touchés au football en tant que porteur de ballon et il a frappé 20 coups de circuit en 25 matchs de baseball. Ce n’est pas fini, Bo a également remporté au cours de ses années de lycée deux championnats d’état de décathlon.

Multiathlète

Athlète hors pair, Bo a participé à des compétitions de sprint, de saut de haies, de saut en hauteur, de lancer de javelot et de disque. Au lycée, son meilleur temps au 100 mètres était de 10,44 secondes, mais plus tard à Auburn, il a réussi un impressionnant 10,39 secondes.

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Bo a aussi couru un sprint de 100 verges (91,44 mètres), une référence dans le football, en 9,54 secondes. En tant que coureur de haies, il a enregistré des temps de 7,29 secondes au 55m haies et de 13,81 secondes au 110m haies. Au décathlon, il a atteint 8 340 points. Dans les épreuves de saut d’obstacles, il a obtenu les meilleurs sauts avec 2,06 mètres en saut en hauteur, 7,52 mètres en saut en longueur et 14,85 mètres en triple saut. En tant que lanceur, il a obtenu des lancers de 15,27 mètres au lancer du poids et de 45,44 mètres au disque, deux records de lycée à l’époque.

Bo Jackson s’est qualifié pour les championnats NCAA du 100 mètres. Il envisageait une carrière en athlétisme, mais le sprint n’aurait pu lui procurer la sécurité financière de la MLB ou de la NFL.

Tant mieux pour nous.

Bo Jackson sur la célèbre affiche de Nike, son commanditaire. Photo : Getty Images

Un talent très convoité

Un tel talent ne passe pas inaperçu. C’est ainsi que Bo Jackson a attiré l’attention des Yankees de New York qui l’ont sélectionné au deuxième tour du repêchage en juin 1982. Mais l’enfant terrible de Bessemer a refusé leur offre pluriannuelle pour préférer une bourse de football avec l’université d’Auburn.

L’histoire raconte que le dépisteur des Yankees qui était venu voir Bo à Auburn ne s’est contenté de voir qu’une seule frappe de l’athlète avant de valider ses prédictions. Semble-t-il que Bo Jackson aurait frappé tellement fort la première balle qu’il a reçue que la cage de frappe se serait effondrée par la suite, mettant un terme à la séance…

Parcours universitaire

À l’université, Bo a couru pour 4 304 verges et a inscrit 43 touchés. Il a couru pour plus de 100 verges à 21 reprises. En 1985, il a obtenu plus de 200 verges dans 4 matchs, accumulé 1 786 verges et a remporté le trophée Heisman, une récompense que l’homme décrit comme « son plus grand honneur ».

Bo Jackson à l’université d’Auburn dans les années 80. Photo : Getty Images

Football c. Baseball

Le porteur de ballon est sélectionné en première position du repêchage de la NFL par les Buccaneers de Tampa Bay en 1986. Le joueur, touché par une tromperie des Buccaneers afin de le rendre inéligible au baseball, ne souhaite pas jouer pour l’équipe et son propriétaire Hugh Culverhouse. Du revers de la main, Bo a décliné l’offre de 5 ans des Bucs et les millions de dollars qui allaient avec. Bo a préféré jouer au baseball.

Mon premier amour est le baseball, et j’ai toujours rêvé d’être un joueur des ligues majeures », a-t-il confié.

Après les menaces, il a mis à exécution sa parole et n’a plus joué qu’au baseball. Il en a profité pour affoler les compteurs en frappant pour .401 de moyenne avec 17 bombes et 43 points produits en 42 matchs pour Auburn. Il a attendu que les Royals fassent de lui un choix de quatrième ronde au repêchage de 1986 avant de signer son premier contrat professionnel. Après avoir passé seulement 53 matchs dans les mineures, Jackson a fait ses débuts dans les ligues majeures le 2 septembre 1986, et obtenu son premier coup sûr sur son premier passage au bâton, face au légendaire Steve Carlton.

Des terrains de la MLB à ceux de la NFL, Bo ne cesse d’impressionner

Une équipe a tenté sa chance sur le joueur au repêchage de 1987 et les Raiders de Los Angeles ont sélectionné Bo Jackson au septième tour (183e choix). Le propriétaire des Raiders, Al Davis, a réussi à attirer l’attention du joueur de baseball et lui a proposé de trouver un compromis entre les deux sports. Après la fin de sa saison de baseball avec les Royals, Bo Jackson a commencé sa carrière professionnelle de joueur de football américain lors de la 8e semaine de la saison 1987.

Aucun répit

Pas de répit pour Bo Jackson. L’athlète a enchaîné les saisons de baseball et de football les unes après les autres, mais il aimait ça, et nous aussi. Bo Jackson est devenu une icône nationale. Quel autre athlète peut se vanter d’avoir fait parler de lui par ses exploits autant sur les terrains de la MLB que de la NFL? Si Deion Sanders, autre multi-athlète au grand talent, a aussi fait parler de lui, il n’a jamais eu l’impact que Bo Jackson a provoqué dans le monde du sport à cette époque.

En 1988, Jackson a frappé 25 circuits, fait rentrer 68 points et volé un total de 27 buts. Il a fracassé les bâtons, mis en orbite les balles et fusillé les coureurs au marbre avec son bras canon. En 1989, il  s’est imposé comme l’une des vedettes de la ligue avec 32 bombes et 105 points produits.

En 1989, Bo Jackson a honoré sa première sélection pour le Match des étoiles de la MLB à Anaheim avec un coup de circuit titanesque sur le partant de la Ligue nationale Rick Reuschel, sous les yeux ébahis et les commentaires de Ronald Reagan, présent derrière le micro à ce moment-là.

Une mauvaise chute met fin au mythe

En 1990, les 698 verges qu’il a gagnées en 10 matchs avec les Raiders lui ont valu une sélection pour le Pro Bowl, match qu’il n’a malheureusement pas joué.

En 1991, une vilaine blessure a eu raison du titan Bo Jackson. Alors que tout le monde le pensait incassable et indestructible, le 13 janvier, durant un match éliminatoire entre son équipe, les Raiders, et les Bengals de Cincinnati, Jackson est sérieusement blessé à la hanche gauche après avoir été plaqué par Kevin Walker.

Cette chute qui paraissait pourtant anodine et cette blessure ont mis un terme à la carrière de football de Jackson. De même, les Royals de Kansas City ont décidé de ne pas honorer son contrat pour la saison de baseball 1991 et l’ont libéré le 18 mars de la même année. Personne ne le savait à l’époque, mais l’état qui en résulte, connu sous le nom d’ostéonécrose de la tête fémorale, a conduit à la détérioration du cartilage et de l’os autour de son articulation de la hanche gauche. Le diagnostic est terrible, les médecins ont dû lui implanter une hanche artificielle.

« Je reviendrai au jeu » – Bo Jackson

Les experts médicaux avaient affirmé que nous n’entendrions plus parler de Bo Jackson, mais c’était mal connaitre la force de caractère et la détermination du joueur qui s’est battu toute sa vie pour arriver à ses fins. Jackson a travaillé et s’est remis en forme. Il a remis en forme également sa nouvelle hanche prothétique, pas seulement pour se remettre à marcher, mais pour courir et à nouveau concourir.

Le retour à la compétition de Bo Jackson est presque tout aussi spectaculaire que sa carrière dans deux sports majeurs. À son premier match en 1993 avec sa nouvelle équipe, les White Sox de Chicago, Bo, qui venait aussi de perdre sa mère, est apparu en tant que frappeur suppléant et a frappé un coup de circuit contre le lanceur des Yankees Neal Heaton. Il a terminé la saison avec 16 circuits et 43 points produits.

Relâché par les Sox en fin de saison, Jackson a connu un dernier tour d’honneur avec les Angels de Californie en 1994 (.279 AVG, 13 HR, 43 RBI en 75 parties) avant que la grève des joueurs ne mette fin à la saison, et à sa carrière.

Aujourd’hui, Bo Jackson 54 ans, vit paisiblement avec sa famille en Illinois. Il a depuis ouvert plusieurs commerces et est fortement impliqué au sein de différentes associations venant en aide aux personnes démunies et aux enfants malades.

Une génération marquée à jamais

Extraterrestre du sport nord-américain, force de la nature et de caractère, Bo Jackson a marqué de son empreinte toute une génération. Le sportif au grand cœur n’avait peut-être pas les statistiques d’un Michael Jordan au basketball ou d’un Wayne Gretzky au hockey à cette époque, mais il entre définitivement dans les catégories des sportifs et des hommes dont on parlera encore pendant des décennies.

Bo Jackson a marqué ma jeunesse, je ne sais pas si l’on verra un jour un autre sportif capable de se sublimer dans deux sports majeurs, mais pour ceux qui ont pu voir les exploits de Bo à cette époque, je nous trouve bien chanceux.

Alors merci pour tout Bo.