Josh Gibson, un rêve inachevé

On peut penser que dans notre société, l’égalité entre les hommes est chose acquise. Pourtant, encore aujourd’hui, la société est loin de vivre comme dans le rêve de Martin Luther King.

Josh Gibson est né en 1911, à Buena Vista, en Géorgie. À l’âge de 12 ans, ses parents emménagent à Pittsburgh où la tension raciale se fait beaucoup moins sentir. Originaire d’un milieu rural du sud des États-Unis, il arrive dans une ville du Nord. Ça représente une vie bien différente pour un enfant noir dans les années ’20. Il révéla plus tard que c’est le plus beau cadeau que lui a donné son père.

Dès son très jeune âge, Josh participe à des compétitions de natation, mais c’est le baseball qui le passionne avant tout. À ce point fasciné par ce sport, il lui arrive de parcourir une dizaine de kilomètres en patins à roulettes juste pour assister à un match.

Sa première équipe avec un vrai uniforme est un club de joueurs noir, commandité par le magasin Gimbels. Pendant ce temps, Josh suit une formation d’électricien. Il déniche un emploi comme apprenti, mais sa carrière d’ouvrier sera de courte durée et s’aperçoit rapidement qu’il peut faire plus d’argent en jouant au baseball.

Josh Gibson, à l'époque des Crawford de Pittsburgh (Photo: Hall of fame)

En 1929, il signe avec un des meilleurs clubs semi-pros de Pittsburgh, les Crawford Colored Giants. C’est avec cette équipe que Gibson commence à faire parler de lui grâce à sa puissance au bâton. Il attire les foules, souvent plus de 5000 spectateurs. À seulement 18 ans, il compte déjà de nombreux admirateurs parmi la communauté noire.

Josh avec sa future femme Helen Mason au Parc Ammon en 1929 (Josh Gibson Foundation Collection, Rivers of Steel National Heritage Area)

Cette année-là, il épouse Helen Mason, d’un an sa cadette. Après une fausse couche, elle tombe enceinte de jumeaux. Helen décède en mettant au monde Josh Jr. et Helen. Il confie alors la garde des jumeaux à ses beaux-parents.

Josh encaisse durement cette déchirure émotionnelle. Certains diront qu’il ne s’en est jamais vraiment remis. Il décide alors de remplir sa vie avec le baseball, qu’il aimait pratiquer par-dessus tout.

Son mal de vivre n’a aucun impact sur ses performances. Il continue de frapper comme un déchaîné. L’écho de ses retentissants circuits vient aux oreilles du joueur-gérant des Grays de Homestead de la Ligue noire, Judy Johnson. Sans l’avoir vu jouer, il remarque fréquemment son nom dans les journaux locaux qui font état de ses circuits à 400, voire même 500 pieds de distance. Les Grays ont toutefois deux excellents receveurs à ce moment, mais le jeune Gibson demeure sur leur radar.

Josh Gibson Crédit: dmaine public
Josh Gibson. Crédit: dmaine public

Ses débuts professionnels

Le 25 juillet 1930, les champions en titre de la Ligue noire, les Monarchs de Kansas City arrivent en ville pour disputer un match d’exhibition contre les Grays. Le propriétaire des Monarchs, J.L. Wilkinson, a développé un système d’éclairage portatif qu’ils apportent lors des matchs sur la route. L’éclairage n’a cependant rien à voir avec celui d’aujourd’hui.

Buck Ewing est receveur pour les Grays ce soir-là. À cause du manque de visibilité, il attrape mal un lancer et se casse un doigt. Judy Johnson bondit dans les estrades à la recherche de Gibson. Il lui demande s’il veut remplacer Ewing comme receveur. Josh accepte aussitôt et enfile l’uniforme du blessé. Il termine le match et la saison avec les Grays. Le reste appartient à l’histoire.

(Painting: American Library Association)

Josh Gibson est un solide gaillard de 6 pieds 1 pouce, 215 livres. Il a une musculature bien développée, typique des frappeurs de puissance. Il est grand, a les épaules larges, des bras bien musclés et une poitrine bombée et puissante. Tout ça à un très jeune âge. Les jeunes noirs s’identifient rapidement à lui. Les joueurs l’ayant côtoyé ont dit de lui qu’il était un frappeur naturel, et un receveur exceptionnel.

« Il est non seulement le meilleur receveur, mais le meilleur joueur de baseball que j’ai jamais vu ».  – Roy Campanella.1

« Il attrape si aisément, on dirait qu’il est dans une chaise berçante. Il a un bras comme un fusil. Bill Dickey n’est pas un aussi bon receveur. »  - Walter Johnson.2

« J’ai joué avec Willie Mays, et contre Hank Aaron. C’étaient des joueurs formidables. Mais ce n’était pas des Josh Gibson. Quand tu le voyais frapper, tu lui levais ton chapeau. » -Monte Irvin3.

Gracieuseté de Kadir Nelson

La ligue noire

Lors des saisons 1931 et 1932, alors que Grays de Homestead passe dans la Ligue noire, Josh Gibson s’établit comme un joueur vedette. On estime son nombre de circuits à respectivement 75 et 72 pour ces deux saisons. Il réussit également à maintenir une moyenne au bâton au-dessus de .350. Les statistiques ne sont pas tenues aussi rigoureusement dans cette Ligue, c’est pourquoi on se contente d’estimation. Mais les exploits de Gibson vont bien au-delà des statistiques.

Nous avons choisi Ligue de noir dans le texte pour traduire de l'anglais
Nous avons choisi Ligue noire dans le texte pour traduire de l'anglais.

Malgré le nombre effarant de circuits à son actif, c’est la distance de ceux-ci qui concrétise son statut de Légende. Comme quelques-uns avant lui, il a été surnommé le Babe Ruth noir. Cependant, quelques joueurs de l’époque s’entendent pour dire qu’il serait plus juste d’appeler Ruth: le Josh Gibson blanc.

En 1934, son adversaire Jack Marshall, des American Giants de Chicago, jure qu’il fut témoin d’une claque épique du grand receveur alors que la balle fut expédiée hors du Yankee Stadium. Est-elle vraiment sortie du Stade? Même si la balle atteint une des dernières rangées de sièges du troisième palier, cela demeure un des plus longs circuits à avoir été frappée dans ce stade à ce jour.

Croquis du circuit de Josh Gibson en 1930 durant la Série Mondiale des Negro Leagues..

Le 3 juin 1937, Josh y est allé d’une frappe mythique qui a été estimée à 580 pieds. La balle a ricoché 2 pieds sous le haut de la façade du Yankee Stadium.

Une légende est souvent évoquée au sujet de la puissance de Gibson. Un soir, à Pittsburgh, il aurait catapulté une balle hors du Stade, par-dessus la clôture, à perte de vue. Le lendemain, à Philadelphie, une balle serait tombée du ciel et aurait atterri dans le gant d’un voltigeur. L’arbitre aurait alors crié à Josh : « Retiré.  Hier… à Pittsburgh. »

Officiellement, la saison de la Ligue noire ne comportait qu'environ 60 matchs. Par contre, les propriétaires, pour faire leurs frais, étiraient la saison en lançant des défis à différentes équipes dans le plus de villes possible. Le talent des joueurs pouvait varier lors de ses matchs d’exhibition. Ce qui impliquait des semaines entières sur la route dans des conditions misérables. Surtout au sud de la ligne Mason-Dixon, où les lois Jim Crow étaient en vigueur.

Crawford de Pittsburgh (1935) Crédit: domaine public
Crawford de Pittsburgh (1935). Crédit: domaine public

Conditions difficiles et tensions raciales

Durant ces périples, les joueurs voyageaient la nuit, entassés à l’intérieur d’autobus, dans la chaleur estivale du sud des États-Unis. Quand ils faisaient escale, les propriétaires des stations-service leur verrouillaient l’accès aux toilettes, aux restaurants et ne les laissaient pas entrer dans les hôtels.

Ils devaient se résoudre à l’hospitalité et à la générosité de certains tenanciers et de certains résidents pour de l’eau pour se laver ou pour de la nourriture. Les joueurs devaient souvent improviser s’ils voulaient dormir quelques heures. Pour certains, cela représentait le plancher de la gare ou autre endroit de la sorte.

En 17 années de carrière, Josh Gibson accumulera 962 circuits et frappera pour .354. Pour une saison, son plus haut total de longues balles est de 84 et sa meilleure moyenne .517. Quelquefois, des équipes des majeures venaient affronter les équipes de Gibson, et il réussit à maintenir une moyenne de .412 lors de ces matchs. C’est ainsi que la Légende de Josh Gibson se répand dans les Grandes Ligues.

Statistiques partielles (Baseball reference)

Un changement d'air...

De 1929 à 1946, Gibson partage son temps entre les Crawfords de Pittsburgh et les Grays de Homestead. De 1937 à 1941, attiré par les salaires plus généreux, Josh va jouer en République dominicaine, au Mexique et à Cuba où il domine tout autant. Il dut revenir de Veracruz au Mexique à cause d’une poursuite intentée par le propriétaire des Grays pour bris de contrat en 1942. Cette saison-là, Satchel Paige et lui étaient les deux joueurs les mieux payés de la Ligue noire; soit 1000$ américains par mois.

Quand il revient pour de bon pour les Grays, ses coéquipiers l'ont trouvé changé. Il a commencé à fumer de la marijuana au Mexique et à boire énormément. Il ne prenait plus soin de lui et sa jovialité avait laissé place à une sombre taciturnité.

Au jour de l’an 1943, Gibson tombe brièvement dans le coma à cause d'une tumeur au cerveau. Les journaux rapportent qu’il souffre d’une dépression nerveuse, mais il ne veut pas révéler sa vraie condition. Le joueur refuse même une opération au cerveau, craignant les conséquences. Cette même année, son père décède. Josh se réfugie de plus en plus dans l’alcool, la marijuana et les drogues dures.

Un coéquipier alcoolique a déjà dit une phrase qui s'applique bien à Gibson à cette époque. "Je n'ai pas peur de la mort, je l'ai déjà vu plusieurs fois. La mort n'est qu'une balle rapide au coin extérieur."

Josh Gibson, frappeur. Crédit: domaine public
Josh Gibson, frappeur. Crédit: domaine public

Un rêve inachevé

Malgré un énorme ralentissement sur le terrain, il enregistre encore des circuits monstres en 1945 et en 1946. Jusqu’à la fin, il aura été le meilleur frappeur de la Ligue noire.

Le 20 janvier 1947, Gibson dit à sa mère qu’il va mourir pendant la nuit. Elle s’esclaffe, lui dit d’aller se coucher et qu’elle va appeler un médecin. Sa famille rassemblée autour de lui, il demande qu’on lui apporte ses trophées de baseball. Il parle et rit. Soudainement, il s’assoit très droit, victime d'une attaque cérébrale, et meurt.  Il avait 35 ans.

Josh Gibson ne jouera jamais dans les Ligues majeures. Malgré l'intérêt de certains propriétaires dès la fin des années '30, personne n'a eu le courage de briser la loi non écrite d'engager le premier joueur noir. Tous disaient à Josh: "Dès que le premier joueur noir signe dans les majeures, on t'engage". Gibson aurait dû être ce «fameux» premier joueur noir. Il est sans contredit le meilleur joueur à n'avoir jamais évolué dans les majeures.

Sa mort survient 3 mois avant que Jackie Robinson ne brise la barrière de la couleur avec les Dodgers de Brooklyn.

Josh Gibson fût intronisé au Temple de la renommée du baseball en 1972. Il est le 2e joueur issu de la Ligue noire à recevoir l’honneur, après son ancien coéquipier Satchell Paige.

Plaque de Josh Gibson au Temple de la renommée
Plaque de Josh Gibson au Temple de la renommée
  1. Roy Campanella a joué pour les Dodgers de Brooklyn de 1948 à 1957 et a été intronisé au Temple de la renommée du baseball en 1969.
  2. Walter Johnson a lancé pour les Senators de Washington de 1907 à 1927 et fût gérant de 1929 à 1935 pour Washington et Cleveland. Il a été intronisé au Temple de la renommée du baseball en 1936.
  3. Monte Irvin a évolué pour les Giants (1949-55) et les Cubs (1956). Il a été intronisé au Temple de la renommée du baseball en 1973.

 

BIBLIOGRAPHIE WEB

http://baseballhall.org/hof/gibson-josh

https://espn.go.com/sportscentury/features/00016050.html

http://sabr.org/bioproj/person/df02083c#sdendnote1anc

http://www.sfgate.com/sports/kroichick/article/NEGRO-LEAGUE-LEGEND-THE-BLACK-BABE-Josh-2519027.php

http://coe.k-state.edu/annex/nlbemuseum/history/players/gibsonj.html

http://www.encyclopedia.com/topic/Josh_Gibson.aspx

http://mlb.mlb.com/mlb/history/mlb_negro_leagues_profile.jsp?player=gibson_josh

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